L’iconophage mélancolique ou la digestion des images au
début du troisième millénaire.Un cas: Timothy Mc
Veigh.
Catherine Mavrikakis
Concordia University
1-La construction d’une image privée:
Le 19 avril 1995, à Oklahoma City, un édifice
fédéral américain était la cible d’un
attentat terroriste. Cent soixante-huit personnes perdirent la vie dans
la destruction de l’immeuble. Le responsable de ce massacre, Timothy
McVeigh devait être exécuté le 16 mai 2001,
à 7 heures du matin, par injection, mais un document de 3100
pages n’a pas été remis aux avocats de la défense
par le FBI et l’exécution a été reportée au
11 juin 2001. Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas de savoir si
Mc Veigh devait être exécuté ou non. La mise
en scène et en images d’une exécution orchestrée
par le gouvernement fédéral américain me semble ce
qui doit retenir l’attention et permettre de comprendre, d’une part le
rôle politique actuel de la production d’images de la justice et,
d’autre part de penser, dans cet espace de l’image
contrôlé par les instances fédérales des
États-Unis, une ou des images qui ne seraient pas des images
officielles, des images préfabriquées d’une
exécution toujours annoncée. Comment est-il possible de
faire voler en éclats ou miner l’institution de l’image de la
justice qui est en train de se refonder sous nos yeux?
Le dispositif des images est ici très complexe. Un grand nombre
de survivants à l’attentat et des membres des familles des
victimes ont demandé à assister à
l’exécution de telle sorte qu’il a fallu procéder
à un tirage au sort afin de déterminer quels seraient les
élus, témoins de l’exécution. Sept survivants ont
été choisis au hasard ainsi que trois parents ou proches
des victimes. Ceux qui n’ont pas le privilège de pouvoir
assister à l’exécution devront se contenter d’en
être les spectateurs, à défaut d’être les
témoins oculaires. La mise à mort de Mc Veigh sera
filmée et diffusée sur des écrans vidéos
à Oklahoma City, où les autres survivants et amis des
victimes (potentiellement 2300 personnes ) pourront saisir les images
de l’exécution, s’ils réservent leur siège avant
le 1 er mai 2001. Néanmoins, le spectacle s’arrêtera
là. Aucune caméra, aucune enregistreuse aucun
téléphone cellulaire ne sauront permis sur les lieux de
l’exécution et sur les lieux de sa diffusion. Le monde
entier ne pourra regarder l’exécution du coupable. Un juge
fédéral en a décidé ainsi et a
refusé de laisser mettre sur Internet les images en direct de la
mort de Mc Veigh. De toute façon, la loi américaine
interdit de reproduire (audio)-visuellement toute exécution
fédérale . Si l’on permet à certains de pouvoir
voir la retransmission de l’exécution, il s’agit là d’un
précédent. C’est que trop de personnes étaient
impliquées pour pouvoir assister toutes à
l’exécution sur place. C’est sur cette permission
gouvernementale de voir les images de la mort de façon
collective, mais pas universelle que je voudrais m’attarder.
Cette diffusion en circuit fermé d’une exécution par
l’État soulève ici de nombreux problèmes.
Depuis 1963, il n’y a eu aux États-Unis aucune exécution
émanant de l’État fédéral.
La façon dont le gouvernement américain traitera la mise
en scène et en images de cette condamnation mort revêt ici
une importance toute particulière. En ce qui concerne une
réflexion sur les images modernes, l’exemple de la diffusion de
la mort de McVeigh est tout à fait surprenant. Pour le dire
vite, dans un monde globalisant où les images sont en
surabondance, où il est difficile de faire la distinction entre
les images d’une guerre réelle et des images de films, dans un
monde où toute nouvelle n’existe que dans un sentiment de
déjà-vu, de répétition, où le sujet
ne peut être que blasé, comme l’explique Virno dans Le
Souvenir du présent. Essai sur le temps historique,
l’idée d’images qui circuleraient uniquement de façon
à n’être présentées qu’à ceux qui
sont concernés mérite d’être analysée.
Ici les images de l’exécution de Mc Veigh ne seront pas faites
dans le but d’informer le monde que la justice a été
rendue, puisque cette déclaration sera faite dans le discours de
l’État. Ce dont il s’agit, c’est de faire des spectateurs de
l’exécution des témoins et de mettre tous ceux qui
verront la scène à la place de ceux qui y seront. Ouvrir
la diffusion de la mise à mort à un large public sur
Internet permettrait à des “voyeurs”, des “curieux”, des gens
“non concernés” d’assister à un spectacle. Ici, pour le
juge, il y a une nécessité éthique de donner
à voir des images uniquement à ceux que ces images
concernent... Mc Veigh pourra donc demander lui-même à six
proches d’assister à son exécution, puisqu’en quelque
sorte, le spectacle de mise à mort ne peut être vu
que par quelqu’un de familier. Gore Vidal, correspondant de McVeigh
depuis l’attentat, assistera donc à l’exécution. La
justice ne fonctionne pas, dans le cas qui nous intéresse, comme
un dispositif d’images justes ou édifiantes qui circuleraient
pour tous. Je veux dire que le général de la loi et de
son exécution pourraient être accessibles à tous et
à toutes, comme principe de la loi universelle. En effet, on
pourrait imaginer que dans notre monde moderne, l’image pourrait venir
montrer l’universel de la loi, en tenir lieu et devrait rendre à
l’exécution publique son caractère exemplaire, collectif
et fondateur. On serait en droit de croire que la mise à mort
sur Internet aurait permis à tous et à chacun, à
travers le monde, de se rappeler que nul n’est censé ignorer la
loi et que le crime peut et doit être puni, que l’État est
là pour cela. C’est le scénario le plus plausible, celui
que l’on était déjà en train de mettre en place
dans nos imaginaires dans une époque
d’accélération de la surprésence des images, dans
une ère où l’idée de punir les criminels contre
l’humanité grâce à un tribunal international existe
et est médiatisée. C’est le scénario auquel on
pouvait s’attendre, surtout, lorsque le Président des
États-Unis parle de Mc Veigh en déclarant que celui-ci
est l’homme qui justifie le plus au monde la peine de mort. Il est le
criminel exemplaire, le méchant universel, celui qui serait le
plus en droit de mourir mondialement. Si Mc Veigh est l’exemple
du condamné à mort, s’il légitime la loi, pourquoi
dans la logique des dirigeants américains, n’a-t-il pas droit
à ce que les images de sa mort s’inscrivent comme la
représentation de la justice universelle américaine
?
Ici, pourtant, la scène à laquelle nous nous attendions
n’aura pas lieu. L’exécution de Timothy Mc Veigh ne peut servir
d’exemple national, juridique ou encore universel. Les images de
l’exécution d’un terroriste n’appartiennent qu’à ceux que
celui-ci a blessés, qu’aux personnes à qui il a fait
subir un tort ( parents ou proches des victimes, survivants de
l’attentat). Sa mort n’est donc pas ce qui permettrait au particulier
de l’affaire de se hisser au niveau du général. Le film
de l’exécution de McVeigh est, en quelque sorte,
propriété privée, tout comme l’acte du terroriste
que l’on vide ici de tout contenu idéologique, de toute valeur
politique. Il est à noter que Timothy Mc Veigh, ancien soldat de
la Guerre du Golfe, lui-même a demandé à ce que sa
mort soit diffusée à la télévision.
Lui-même voulait faire de sa mort un symbole universel de
l’injustice de la justice. Mc Veigh a compris l’exemplarité de
sa mort et désire par la diffusion de son exécution
montrer la folie de la justice du gouvernement américain,
à laquelle il s’est attaqué. Je ne cherche pas ici
à légitimer la cause d’extrême-droite de Mc Veigh,
ni à penser son attentat. Ce que je tente de montrer ici, c’est
l’exclusion du dispositif spectaculaire de certaines images de la mort,
celles de l’accusé lui-même. Cette exclusion vient
briser une logique de mise en scène de justice universelle ou de
représentation mise en place par le gouvernement
américain. Mc Veigh, en voulant que sa mort soit diffusée
désirait que son acte ne soit pas vidé de son sens, que
sa punition soit exemplaire et témoigne, pour lui, devant tous
de l’injustice de l’État. Or, l’État doit se
défendre contre cet exemplarité que McVeigh veut mettre
en scène. L’État tient à lui refuser le droit
à se donner comme héros ou victime de la loi
fédérale, ou de la loi tout court. MC Veigh a
tué et blessé des humains et si justice il y a, elle doit
permettre la loi du talion: “oeil pour oeil, dent pour dent”. Les
témoins peuvent alors devenir des acteurs de la scène de
la mise à mort-revanche. Si McVeigh a tué mon
enfant, je peux me faire croire que je tue cet homme, par
l’intermédiaire du dispositif judiciaire légal. De par sa
décision, qui exclut le reste du globe de la scène de
l’exécution par l’État d’un terroriste, le juge
fédéral qui a statué sur le cas permet la mise en
place d’une vengeance des personnes concernées par l’attentat.
Il ne s’agit donc pas de justice, ce que, malgré tout, et assez
terriblement, l’exécution mise en images aurait pu
peut-être imaginairement permettre, mais plutôt d’une
politique de rendre à chacun la monnaie de sa pièce. Le
monde entier exclu des images de l’exécution devient le
spectateur d’une nouvelle scène, celle où Mc Veigh est
éxécuté devant “ses” victimes et ses
proches, eux aussi propriétées
privées. Or, l’attentat commis par Mc Veigh ne visait personne
en particulier, il s’attaquait à une instance
générale, à une institution américaine: le
gouvernement fédéral. Ce dont il est question ici,
c’est de réduire tous les actes posés par McVeigh et par
l’État sur sa personne à des actes singuliers ne relevant
d’aucune visée transcendante. Les images de sa mort restent
privées et font de son acte une attaque contre quelques
personnes qui le punissent par le biais de l’image.
Ce qui semble apparaître alors, dans ces conditions, c’est que
dans la possible diffusion mondiale de l’éxécution de Mc
Veigh, dans les potentielles images de cette mort que le gouvernement
contrôlerait totalement, ne l’oublions pas, l’État
américain n’est pas sûr du sens de la nature de l’acte qui
aurait lieu devant les yeux du monde entier. Tout se passe comme si les
images de la mort du criminel exemplaire pourrait donner la sensation
au monde entier d’avoir devant les yeux la victime exemplaire et
l’injustice exemplaire. Car que verrions-nous si Mc Veigh était
tué devant nos caméras mondiales? On verrait l’
État qui inflige la mort. On verrait la mort donnée
à quelqu’un qui ne peut se défendre. A moins que dans un
coin de l’image, on ne fasse sans cesse des gros plans sur le visage
des victimes de Mc Veigh qui viennent en quelque sorte permettre
l’exécution, la légitimer. À moins que dans un
coin de l’image, on ne nous mette sans cesse le building en flammes,
avec les agonisants qui crient afin de nous rappeler la teneur de cette
exécution. Et même... Comme le dit Hegel, dans son
“Introduction à l’esthétique” sur la
représentation en art:
Qu’une bonne morale puisse être déduite d’une
représentation concrète, de la représentation d’un
événement , c’est ce qu’on peut admettre de façon
générale . Tout dépend de l’interprétation,
car en ce qui concerne la morale il y a peu de choses ou de faits dont
on ne puisse tirer une morale. On a défendu et excusé les
représentations artistiques et les oeuvres littéraires
les plus immorales, sous le prétexte que, pour pouvoir
reconnaître le bien, on doit savoir ce qui est le contraire du
bien, et c’est ainsi qu’on a cru pouvoir justifier l’immoralité
dans l’art. Ce qui n’a pas empêché de dire que les
représentations de Marie-Madeleine, la belle pêcheresse,
ont induit en plus d’hommes qu’elles n’ont suscité de repentirs;
mais ne faut-il pas avoir péché pour pouvoir se repentir?
L’exigence morale a ici un caractère trop général,
trop vague (Hegel, 1979, p.49-50)
La morale ici, tout comme la justice, ne pourrait se déduire
d’elle même à partir des images de la mort de Mc Veigh. On
ne sait jamais où les représentations de la mort de Mc
Veigh pourraient conduire en ce qui concerne une interprétation
morale ou une position de la justice. On ne sait pas si ces
images ne pourraient pas être vues comme le contraire de ce
qu’elles prétendent montrer. En effet, beaucoup de gens qui
militent contre la peine de mort désirent que ces images soient
diffusées mondialement, afin de montrer la violence de
l’État sur les corps, de même que de nombreuses
associations d’extrême-droite catholique souhaite la diffusion de
l’exécution afin de dissuader tout éventuel criminel. Il
n’est pas possible de prévoir le sens donné aux images de
la mort en direct de Mc Veigh. Néanmoins, on peut se demander ce
que nous verrions lors de cette éxécution que nous
n’avons pas vu mille fois? N’avons-nous pas vu mille morts à la
télévision, mille éxécutions par
l’État? Mille vidéoclips où les morts réels
et les morts fictives se côtoient, sans que nous sachions et
même voulions distinguer le vrai du faux? Est-ce que
l’éxécution de Mc Veigh viendrait briser le
contrôle étatique ou médiatique des images qui de
toute façon n’étonne plus personne? Il est impossible de
croire que la mort en direct de Mc Veigh sur un réseau mondial
viendrait donner le souffle à de nouvelles révolutions...
Aucune image de nos jours ne nous choque. Et le petit palestinien
traqué dans un coin d’une rue et qui se fait tuer en direct sous
les yeux de son père, alors que les caméras tournent a
occupé notre attention un jour ou deux. Dans le carcan des
images préfabriquées, nous avons toujours tout vu,
même si nous ne voyons rien car rien ne nous surprend.. Et c’est
précisément cela le problème: le gouvernement
américain, tout comme le dit Hegel, sait qu’il n’y aurait aucune
morale universelle qui émanerait de l’image diffusée
mondialement de l’exécution. Le prêt-à-porter des
images de la mort de Mc Veigh ne conférerait aucune morale
à la scène. Les images ne nous atteindraient pas, de
toute façon. Aucune position claire n’en sortirait, aucun
engagement pour la justice, quelle que soit notre conception de
celle-ci n’aurait vraiment lieu. Les images, nous les connaissons
toutes à l’avance et elles ne nous mobilisent absolument plus.
Mais, dans la diffusion universelle de la mort de Mc Veigh, rien de la
justice ne pourrait se déduire en soi. Même si les images
de la mort de Mc Veigh risqueraient très certainement de nous
laisser indifférents, leur interprétation quant à
la morale et la justice ne serait pas contrôlable, ne
serait pas contenue en elles. Ce que l’État américain
peut faire, c’est simplement diriger nos regards, fabriquer une
scène pour que nous voyions une simili-justice, celle de la loi
du talion. Ce que le public mondial doit voir, ce sont les victimes
regardant l’éxécution de Mc Veigh. Ce sont donc ici
les victimes qui tuent, qui demandent la mort. Le gouvernement veut
mettre en place un dispositif d’images où est vue simplement la
revanche des victimes. Il ne veut en aucun cas que Mc Veigh par les
images puissent devenir la victime du gouvernement. Il doit rester
celle de ses victimes vengeresses, c’est à dire
légalement et moralement habilitées à le
tuer.
Le fait que le gouvernement ne veuille pas diffuser universellement
cette mort donne raison à la folie paranoïaque de Mc Veigh
qui pense qu’il y a un complot du gouvernement américain contre
ses citoyens. En termes plus normaux, ou encore plutôt
névrosés, cette mise en images de la mise à mort
montre le contrôle exercé par l’État
américain sur ce type d’ images, ce qui ne nous étonne
même plus. Il n’y a qu’un paranoïaque, comme Mc Veigh, pour
s’en étonner encore. Si Mc Veigh est dans le discours du
Président le criminel universel, le condamné à
mort exemplaire, les images pourraient tourner, malgré un
dispositif très contrôlé, en la défaveur du
gouvernement américain, car dans les images Mc Veigh, au moment
de sa mort, pourrait être une victime aux yeux de la
planète. Il deviendrait un homme que l’État tue et les
spectateurs risqueraient de ne pas s’identifier aux victimes
blessées par l’attentat d’Oklahoma Citu, mais pourraient voir
l’horreur de la mort. Il y a donc un hiatus, une
différence entre la représentation des images de
l’éxécution et le discours sur celle-ci. Il faut, dans
cette mise en scène de l’exécution à venir,
tourner tous les regards vers le regard des victimes qui, elles,
auraient le droit de demander la mort de Mc Veigh et de la
contempler.
On peut penser ici à Adorno qui dans “ Minima Moralia”
écrivait:
Au cinéma, les actualités: prise de l’archipel des
Mariannes et notamment de l’île de Guam. L’impression qui s’en
dégage n’est pas qu’on livre des combats mais qu’on
procède à des travaux mécanisés de
dynamitage de d’infrastructures routières à grande
échelle et avec une énergie incroyable ou encore qu’il
s’agit d’ “enfumer” et d’exterminer les insectes à
l’échelle planétaire. On mène les
opérations jusqu’au point où il ne reste plus aucune
végétation. L’ennemi est dans le rôle d’un patient
et d’un cadavre. Comme le juif sous le nazisme, il ne fait plus l’objet
que de mesures administratives et techniques: et quand il se
défend, ses actions défensives ont d’emblée le
même caractère (Adorno, 1983, p.54)
Ce qu’Adorno révèle ici c’est que les images de la guerre
et de la mort ont été vidées de leur contenu
violent, pour devenir des images qui reflètent une
efficacité administrative et technique. Cette efficacité
qu’Adorno dénonce, on la retrouve dans le discours et dans un
texte de 56 pages , un protocole fédéral
d’éxécution qui prévoit les scènes de la
mort de Mc Veigh dans les moindres détails, jusqu’au dernier
repas du condamné et la conservation du poison qu’on lui
injectera. Dans le discours, dans l’écrit, il est donc possible
de garder le côté administratif de l’affaire, comme
c’était le cas au début des actualités
présentées à l’époque au cinéma,
dont parle Adorno Il semble que l’image, elle, ne permettrait pas
de mettre seulement en scène la machine adminstrative. Sur la
pellicule de la mort, il pourrait y avoir le visage de Mc Veigh
mourant. Qui sait comment on pourrait interpréter cela.? Comment
interpréter un visage ? En ce sens le visage de la mort que
prendra Mc Veigh pourrait être iconoclaste. C’est une
possibilité. Ce n’est pas qu’il viendrait
assurément briser toutes nos conceptions, préjugés
ou convictions sur la peine de mort, mais il viendrait montrer le
particulier de la loi américaine. Il pourrait très
littéralement incarner la justice, mais aussi son
horreur. Le visage de Mc Veigh devrait à lui seul assumer
toute l’exécution de la justice universelle. Son visage pourrait
devenir le sceau de la loi et dire : “voici la loi, celle de la mort”.
Or, aucun visage au monde ne peut prendre sur lui, dans sa
particularité, la totalité de la loi. La justice
doit être aveugle et ne peut avoir les yeux de Mc Veigh mourant.
Quelque chose de la loi et du visage excèdent la
représentation Or, Mc Veigh prétend que son visage
mourant serait celui même de l’injustice incarnée. De
l’image de son visage, on pourrait donc déduire aussi la
violence terrorisante de l’État.
Du visage de Mc Veigh, on pourrait conclure beaucoup de choses
imprévisibles, incontrôlables et même
opposées. Mais, il n’y a pas de garantie sur ce que l’image
pourrait dévoiler. En ce sens, l’interprétation de ce
visage est de par nature arbitraire et ne se déduit absolument
pas de l’image elle-même.
2- Témoins, spectateurs et mangeurs d’images:
Dans ce contexte, le contexte du témoin oculaire de l’image, il
faut se demander pourquoi toutes les victimes ne sont pas
condamnées à voir l’exécution par le biais des
images vidéos. Pourquoi certains peuvent et doivent être
présents, en chair et en os sur les lieux du “crime”? On
trouverait éventuellement un début de réponse
à cette question dans la perte de confiance que nous avons dans
les images, dans leur authenticité ou leur importance. En
Colombie, on a proposé de présenter le journal
télévisé en noir et blanc, afin que les
téléspectateurs puissent faire la différence entre
des images fictives de vidéos et les images des informations qui
ont un caractère réel. On tente ainsi de permettre aux
spectateurs de retrouver face aux images un lieu d’authenticité.
Grâce au noir et blanc, grâce à la forme
adoptée, on crée un effet de réel de l’image.
Certaines victimes doivent donc assister au spectacle afin de permettre
aux images auxquelles les autres victimes auront accès
d’être authentifiées. Il s’agit de ce que j’appellerais
ici le syndrome “Capricorn One” où dans un film du même
nom, des astronautes américains s’aperçoivent de la
supercherie que constitue la prétendue conquête spatiale.
Personne ne serait jamais allé sur la lune et la Nasa ment
au peuple américain, comme aux astronautes en créant des
images de l’espace. Dans le cas Mc Veigh, les témoins
choisis par le hasard permettront de donner une vérité
aux images de l’exécution, dans un monde où de telles
images sont constamment fabriquées et mises en scène.
Mais il y a plus à penser dans cette présence des
victimes à la mise à mort.
Dans Le Différend, Lyotard cite le révisionniste
Faurisson sur la question des chambres à gaz.
J’ai analysé des milliers de documents. J’ai inlassablement
poursuivi de mes questions spécialistes et historiens. J’ai
cherché, mais en vain, un seul ancien déporté
capable de me prouver qu’il avait réellement vu de ses propres
yeux, une chambre à gaz. Et Lyotard de poursuivre: Avoir “
réellement vu de ses propres yeux” une chambre à gaz
serait la condition qui donne l’autorité de dire qu’elle existe
et de persuader l’incrédule. Encore faut-il prouver qu’elle
tuait au moment où on l’a vue. La seule preuve recevable qu’elle
tuait est qu’on en est mort. Mais, si l’on est mort, on ne peut
témoigner que c’est du fait de la chambre à gaz. Le
plaignant se plaint qu’on l’a trompé sur la situation dite
solution finale. Son argument est: pour identifier qu’un local est une
chambre à gaz, je n’accepte comme témoin qu’une victime
de cette chambre à gaz:; or il ne doit y avoir, selon mon
adversaire de victime que morte, sinon cette chambre à gaz ne
serait pas ce qu’elle prétend; il n’y a donc pas de chambre
à gaz. (Lyotard, 1983, p.16-17)
Les victimes de Mc Veigh et les quelques proches de celui-ci qui
assisteront sur place à sa mort, seront en quelque sorte ceux
qui sont allés à la chambre de mort avec lui et qui sont
revenus pour témoigner. La logique du gouvernement
américain est ici très proche de celui d’un Faurisson,
c’est-à dire que ceux qui pourront dire que Mc Veigh est mort
réellement seront seulement ceux qui sont victimes avec Mc Veigh
de toute cette affaire. Tout se passe comme si, ici, on allait faire
des “condamnés à mort” que sont les victimes de Mc Veigh
et de ses proches (qui sont vues comme victimes de cette histoire
) des individus présents dans la chambre de mort. Ceux-ci
reviendront des morts ou de la mort pour témoigner et dire que
Mc Veigh est réellement mort, que la machine de la justice
américaine est authentique et a bien fonctionné. La
présence des victimes sur le lieu de l’exécution vient
authentifier celle-ci, mais met en scène une troublante
évidence de logique, à savoir que seules les victimes,
celles qui auront été au plus proche de la mort, dans
l’attentat et dans l’exécution, peuvent témoigner. Ce qui
disparaît ici, c’est le témoin universel, celui qui peut
témoigner en toute bonne foi, non pas parce qu’il est victime,
parce qu’il est humain et que rien d’humain ne lui est étranger.
Dans “L’Heure du crime et le temps de l’oeuvre d’art”, Peter Sloterdijk
nous donne à comprendre ce qu’est un moderne:
Est moderne celui qui est touché par la conscience du fait que
lui ou elle, au-delà de l’inévitable qualité de
témoin, est intégré par une sorte de
complicité à ce monstrueux d’un type nouveau. Si l’on
demande à un moderne : “Où étais-tu à
l’heure du crime? “, la réponse est: “J’étais sur le lieu
du crime”. Et cela signifie dans le périmètre de ce
monstrueux global qui, en tant que complexe des circonstances modernes
du crime. inclut ses complices par l’action et ses complices par le
savoir. La modernité, c’est le renoncement à la
possibilité d’avoir un alibi. ( Sloterdijk, 2000, p.10)
Ici, les survivants-victimes ne veulent en aucun cas avoir un alibi.
Ils désirent être complices de l’exécution,
complices du monstrueux et demandent à être sur les lieux
du crime, comme s’ils ne l’étaient pas assez. Il y aurait
même ici une certaine fierté à y être et
c’est peut-être ce que Sloterdijk nous amène à
penser. Il faudrait penser ici le désir certain de participer au
monstrueux. Si l’humain de nos jours est sur le lieu du crime par
les médias de l’information, à toute heure du jour et de
la nuit, ce que cette histoire nous apprend, c’est que les victimes
d’Oklahoma City ont le droit d’y être encore davantage et de se
donner pour acteurs de la scène.
Dix représentants des médias auront le droit d’assister
dans une pièce adjacente à la chambre d’exécution
à la diffusion de la mise à mort. Il y aura une
véritable mise en scène du dispositif de diffusion
privée des images de la mort, mise en scène
où rien du spectacle n’a été laissé au
hasard. Des traiteurs ont déjà été
approchés afin de nourrir les 1400 reporters et photographes que
l’on attend sur les lieux de l’exécution et qui pourront voir
non pas l’exécution, mais comment celle-ci est regardée
et préparée.
3-Images, deuil et régression:
Cet appareil complexe mis en place par les instances
juridico-politiques est pensé de telle sorte qu’un deuil
soit possible et que l’on puisse apporter une fin (“bring closure” est
le terme employé en anglais) à la tragédie
passée. L’image de la mise à mort de Tim Mc Veigh une
fois digérée par le spectateur-victime permettra à
celui-ci de retrouver la paix et de ne plus être hanté par
les images de l’explosion. Là encore, on peut se demander
pourquoi le monde entier n’a pas le droit de mettre un terme à
une quelconque hantise possible? Les images de l’immeuble
éventré. puis de l’immeuble dynamité par les
autorités n’ont-elles pas fait le tour du monde? Ce qui est
à parier ici, c’est que l’image qu’il sera donnée
à voir dans les médias est celle des victimes devenues
bourreaux de leur bourreau. Le spectacle ne consiste pas en la mise
à mort de McVeigh, mais se fonde plutôt dans le dispositif
de revanche où Mc Veigh n’est plus celui qui regarde la mort de
ses victimes, mais où les places ont été
changées, tout simplement. À l’image d’un immeuble
éventré de cris, de fumée et de pleurs avec en
arrière-plan l’esprit maléfique de celui qui a
perpétré le crime doit succéder l’image de la mort
de Mc Veigh vue par ses victimes. Dans cet espace, l’espace de l’image
cadrée sur les victimes devenues bourreaux, le monde entier lui,
bien sûr, ne fait le deuil de rien et surtout pas des morts. Mais
les victimes elles-mêmes pourront-elles davantage faire le
deuil de leurs morts ou de leurs blessures? Le procureur
général a promis de faire en sorte que les victimes
puissent clore ce chapitre de leur vie et veut apporter une fin
à cette histoire. Faire le deuil est ici de toute
évidence ce que la machine américaine de justice veut
donner à voir et la production d’images de la mort de Mc Veigh
n’a d’autre but que de donner à voir comment l’État
américain permet aux spectateurs de ne pas rester dans la
mélancolie. On pense que l’image de la mise à mort
de McVeigh pourra parvenir à chasser les images qui hantent
l’esprit des victimes. Le 19 avril dernier, tous les médias du
pays étaient tournés vers le Memorial où, à
Oklahoma City sont inscrits le nom des victimes de l’attentat. La mort
de Mc Veigh devrait permettre d’en finir avec cette histoire.
Comme le dit le procureur général sur CNN: “Don't expect
a wonderful feeling immediately overnight. Expect to be dealing with it
for a while. But ultimately, if they feel going into this that it will
help them resolve it, it probably will." Ce qui est ici prévu,
c’est un effet cathartique du spectacle, un effet de guérison,
à long terme. Or, cette pensée d’une guérison par
l’image de la mort de son bourreau est peu-être le contraire du
deuil à accomplir. Une image, celle de la mort de McVeigh,
permettrait aux victimes de digérer l’affaire, de digérer
les images qui leur sont restées en travers de la gorge et
à l’esprit pendant cinq ans. Une image permettrait de sortir de
la haine, de quitter l’objet perdu qui hante les victimes et les
proches et d’avaler une fois pour toutes les scènes qui ne
cessent de se répéter. Or, cette idée d’une image
réparatrice est bien sûr hautement problématique.
Freud a mis l’arrachement au voir comme initiation de la pensée.
Pontalis dans un article intitulé “Perdre de vue” nous explique
que cet
arrachement (est) toujours à réeffectuer tant
l’attraction par l’image ne cesse d’être active. Et nous, en
plaçant le fauteuil derrière le divan, nous donnons une
forme concrète à cette division du regard et de la
pensée. Nous instituons la perte de vue comme condition de la
pensée.” (Pontalis,1987, p. 233-234).
Je voudrais ici penser la perte de vue comme condition de la
pensée et comme condition du deuil. En effet, il semble
que ce qui entre en jeu dans l’image, c’est son pouvoir de
séduction, sa capacité à méduser le
sujet. Comme Pontalis, le montre dans l’article que je viens de
mentionner, il y a chez Freud, une réelle fascination pour
l’image qui mérite sans cesse d’être
dépassée. Le rapport du visuel à l’inconscient est
essentiel et non accidentel. Dans l’analyse que Pontalis fait de
l’image chez Freud, la voie régrédiente qu’emprunte le
rêve est à la fois régression vers l’image
visuelle et attraction par le refoulé.
Il faut en quelque sorte mettre en scène cette fascination pour
l’image pour parvenir selon Freud à la dépasser et
créer une élaboration verbale. S’il y a chez Freud
presque une régression visuelle dont le rêve serait le
principal acteur, cette régression est néanmoins
nécessaire pour parvenir à la mise en mots. Il ne peut y
avoir évitement de l’image.
C’est précisément la question de la fascination qui est
dans l’exécution de McVeigh en question. En effet, aux images de
l’attentat doit se superposer celle de la mort, de telle sorte que
cette dernière efface celles horribles d’un immeuble
plastiqué et de corps disloqués, calcinés.
À l’image de l’horreur doit succéder l’image d’une autre
horreur.
Or, ce besoin de mettre en images comme moment régressif est
peut-être nécessaire à la psyché. Il
est peut-être important que les victimes aient une image à
partir de laquelle , ils pourront se détacher et se mettre
à penser et à faire le deuil. La mise en images est
peut être un moment nécessaire pour rendre compte de la
folie de l’événement passé. Mais ici, cette mise
en image ne permet pas au sujet de sortir de sa fascination
médusée pour les images de l’horreur.
4- Mettre fin à la mélancolie? :
Le sujet victime ici dans l’image de la mort de Mc Veigh rejoue
simplement sa propre terreur. Le sujet victime veut voir ce que c’est
mourir, ce que lui a failli vivre et ce que les proches des morts
imaginent chaque jour au sujet de leurs amis ou parents disparus dans
l’attentat. Par Mc Veigh et sa mort, les gens veulent re-voir la
terreur du mourir et la dépasser. Mais cette terreur qui sera
vue ou non ne mettrait pas nécessairement fin à la
mélancolie. De cette mise en images, il n’est pas du tout
sûr que le deuil viendra, parce que ce qui restera
inanalysé dans cette folie scopique, c’est la fascination
première pour les images de l’immeuble éventré,
les corps disloqués ou encore pour Mc Veigh agonisant. Ce qui ne
peut se penser dans la répétition des images de
l’horreur, c’est précisément la fascination pour les
images de la mort de Mc Veigh, qui n’a rien à voir avec une
quelconque réparation ou encore avec l’introjection
nécessaire à tout deuil. Les victimes dans le spectacle
de la mort de MC Veigh vont simplement remplacer la vision
fascinée qu’ils ont eue de la folie du mourir par celle
d’une mort qu’ils croient contrôler. En fait, aux images folles
de mort chaotique dans l’immeuble, on veut faire succéder
l’image d’une mort rationnelle, préparée, propre. Les
victimes n’auront pas accès à cette folie du mourir,
parce que précisément ceux qui assisteront à cette
scène veulent regarder en elle le caractère logiquement
raisonnable. Il faut dire que toutes les victimes ou proches des
victimes vont devoir assister à une séance d’informations
où il va leur être expliqué ce qu’il vont voir, ou
espérer voir durant l’exécution. Les images qu’il
vont visionner vont donc leur être racontées à
l’avance. Le côté mise en scène de cette
exécution est mis en évidence dans le discours du gardien
en chef de la prison de Haute Terre, Indiana où aura lieu
l’exécution. Celui-ci donc dit sans cesse aux médias que
lui et son équipe répètent l’exécution :
“We want to make sure this goes very, very well. “ Ils suivront pour
parvenir à cette fin ce fameux protocole fédéral
de 56 pages dont j’ai parlé plus haut afin que la chose soit
conduite “in a efficient and human manner”.On prévoit des
applaudissements à la fin, comme cela est souvent le cas dans
les exécutions orchestrées par les états
américains où la peine de mort est pratiquée de
façon fréquente. Il n’y a rien dans cette mise à
mort et dans sa diffusion qui sera laissé au hasard. Il ne
s’agit donc pas de mettre en scène le chaos de la mort tel qu’il
s’est présenté aux yeux des victimes et du monde entier
lors de l’attentat ou tel qu’il pourrait se présenter dans les
yeux d’un condamné à mort, mais bien de faire de l’image
de la mort une image rationnelle, préconstruite.
Le gouvernement américain est donc en train de préparer
un deuil préfabriqué. Il fait dans le
prêt-à-porter du deuil et permettra aux victimes d’effacer
les images de la mort comme folie au profit de celle de la mort comme
raison. Il n’y aura pas de réelle traversée de la
fascination pour l’horreur. En ce sens, Le policier qui tient un site
internet dans lequel il a reproduite 88 images de l’attentat d’Oklahoma
City ( http:// www.efaubian.com/ bomb/ bomb.html) est peut-être
davantage dans une tentative de deuil que ceux qui veulent assister
à l’exécution. En effet, à travers ces images
où lui même se donne à voir dans la photo
numéro un, le policier met en scène sa fascination pour
l’iconographie de l’attentat. Il met en scène son regard
halluciné par la mort, et en ce sens passe et repasse à
travers cette position médusée qui est la sienne. Mais
dans le rangement maniaque des 88 photos, il y a aussi cette tentative
désespérée de mettre de l’ordre dans les images de
la mort. Contre quoi le visuel de l’exécution se
construit-il? En fait, c’est contre la tentation de sombrer dans une
folie des images, dans leur surabondance, leur horreur, dans leur perte
de sens et dans leur effet de déréalité. Ce que
les victimes d’Oklahoma City vont faire, ce n’est pas le deuil de la
scène et des morts, mais ils vont assister à la
production imagière d’ une logique de la mort, d’une logique de
mort. Le monde entier lui , qui ne verra pas la mort de Mc Veigh, se
contentera de voir la production du film de sa mort. Le monde entier
devra en quelque sorte se contenter du “Making of” du deuil collectif.
Dans ce dispositif de répétition de la fascination
où l’on évacue précisément la fascination,
quelle image pourrait être iconoclaste? Quelle image pourrait
venir briser le convenu des autres, leur construction factice et
artificielle? Quelle image pourrait conférer à la
mort son caractère non
figurable et en quelque sorte permettrait de commencer un deuil
réel? Quelle image nouvelle pourrait bien venir se glisser dans
le film de l’exécution et dans son “making of”? Quelle image
permettrait aux iconophages que nous sommes de réellement sortir
de leur mélancolie et de pouvoir faire le deuil ? Devons-nous
nous demander avec Freud si une image est réellement capable
d’un tel pouvoir? L’exemple de MC Veigh et de l’interdiction de sa mort
diffusée mondialement devrait nous convaincre que certaines
images sont construites comme potentiellement iconoclastes, comme
potentiellement perturbatrices du système légal
étatique. Mais, je ne suis pas persuadée en fait que de
telles images existent. Il faut peut-être plutôt voir que
notre système d’images fonctionne sur la construction fictive
d’une iconoclastie par l’image elle-même. Des images mythiques
iconoclastes, voilà peut-être ce qui vient fonder notre
rapport à l’image, sans que n’ait jamais été faite
la preuve
qu’un mot ne vaut pas mille images, que le mot n’est pas, en
dernière instance, ce qui reste iconoclaste.
RÉFÉRENCES
.
Adorno, T.W. ( 1980) :Minima Moralia, Payot.
Hegel, G. F.W. (1979): Introduction à l’esthétique. Le
beau, Paris, Flammarion..
Kojève, A. (1947): Introduction à la lecture de Hegel,
Gallimard.
Lyotard, Jean-François (1983): Le Différend, Paris,
Minuit.
Pontalis, J.- B. ( 1987): “Perdre de vue” in Nouvelle Revue de
psychanalyse, numéro 35, printemps 1987, Paris, Gallimard.
Sloterdijk, Peter ( 2000) : L’heure du crime et le temps de l’oeuvre
d’art, Paris, Calmann-Lévy.
Tisseron, Serge (1997) Psychanalyse de l’image. Des premiers
traits au virtuel, Paris, Dunod.
Virno, P. (1999) Le Souvenir du présent. Essai sur le temps
historique, Paris, Éditions de l’Éclat.
NOTES